Le Ministre des finances Doudou FWAMBA LIKUNDE a annoncé ce jeudi 09 avril 2025 que la République Démocratique du Congo vient de réussir sa première émission d’Eurobonds avec 1,25 milliard USD mobilisés dans le marché international. Une nouvelle qui suscite divers sentiments dans l’opinion congolaise. Certains sont dans l’euphorie de l’annonce, d’autre par contre sont dans l’expectative parce que, que ne comprenant pas trop bien ce qu’il en retourne. Et pour mieux comprendre de quoi il s’agit vraiment, nous avons rencontré un économiste, juriste d’affaires et spécialiste en gouvernance publique et des industries extractive répondant au nom de KONGA LOANGA Chris.
Analyse Infos : Vous avez suivi l'actualité du jour, le Ministre des finances congolais annonce que le pays a mobilisé 1,25 milliards USD dans sa première émission d'eurobonds. Que peut-on en comprendre?
KONGA LOANGA Chris : La République Démocratique du Congo a réalisé une avancée majeure en accédant pour la première fois aux marchés financiers internationaux à travers une émission d’eurobond d’un montant de 1,25 milliard de dollars. Cette opération marque une étape importante dans la transformation du mode de financement de l’État, qui passe progressivement d’une dépendance aux aides extérieures et aux prêts concessionnels vers un recours direct aux investisseurs privés internationaux. Le succès de cette émission, proche de l’objectif initial de 1,5 milliard de dollars, traduit un niveau appréciable de confiance des marchés envers la capacité de la RDC à honorer ses engagements financiers, dans un contexte caractérisé notamment par la forte demande en minerais stratégiques comme le cuivre et le cobalt.
Les ressources mobilisées sont destinées au financement des infrastructures, notamment dans les secteurs des routes, de l’énergie et de la connectivité, avec pour ambition de soutenir la croissance économique et d’améliorer la compétitivité du pays. Toutefois, au-delà de cette performance, des enjeux majeurs subsistent. En effet, contrairement aux financements concessionnels, les eurobonds impliquent des taux d’intérêt plus élevés et exposent le pays à des risques accrus d’endettement et de vulnérabilité face aux fluctuations des marchés internationaux.
Dès lors, la réussite de cette initiative dépendra essentiellement de la qualité de la gouvernance économique et de l’efficacité dans l’allocation des fonds. Si les investissements réalisés génèrent de la valeur et stimulent durablement l’économie, cette opération constituera un levier stratégique de développement. Dans le cas contraire, elle pourrait aggraver la charge de la dette. Ainsi, cette première émission apparaît à la fois comme une opportunité historique et un test crucial pour la gestion économique du pays.
Analyse Infos : Cette opération ne s’apparente-t-elle pas à l’émission des bons du trésor dont on entend souvent parler?
KONGA LOANGA Chris : La différence fondamentale entre un bon du Trésor et un Eurobond réside dans la devise et le marché. Le bon du Trésor est une dette souveraine nationale émise par l'État dans sa propre monnaie, principalement souscrite par des acteurs bancaires locaux. Il s'agit d'un financement interne, sans risque de change pour le trésor public. À l'inverse, l'Eurobond est une obligation internationale libellée en devise étrangère forte (généralement le Dollar américain ou l'Euro) et placée sur les marchés financiers mondiaux auprès d'investisseurs étrangers. Bien que l'Eurobond permette de lever des sommes plus importantes sur des maturités (périodes) plus longues, il expose le pays à un double risque : la fluctuation du taux de change qui peut alourdir considérablement le remboursement, et la pression des agences de notation internationales.
Analyse Infos : La RDC peut-elle décider de rembourser l’emprunt obtenu en contre-valeur des pierres précieuses ou minerais qu’elle regorge?
KONGA LOANGA Chris : Non, la RDC ne peut pas décider unilatéralement de rembourser un Eurobond avec des pierres précieuses ou des minerais. Les Eurobonds sont des contrats internationaux régis par le droit anglais ou américain, stipulant explicitement que le remboursement doit s’effectuer en espèces, dans la devise d’émission. Les créanciers, principalement des fonds d’investissement et des banques internationales, n’ont ni l’infrastructure légale ni la logistique pour accepter et valoriser des cargaisons de minerais. Toute tentative de paiement en nature serait immédiatement interprétée par les marchés financiers comme un défaut souverain, ce qui dégraderait brutalement la notation du pays et lui fermerait l'accès à tout financement futur. En revanche, la RDC peut bien sûr utiliser les devises issues de l'exportation de ses minerais pour honorer sa dette, mais le règlement final doit impérativement être monétaire.
Analyse Infos : Quelles peuvent-être les conséquences d'un non remboursement à l'échéance convenu?
KONGA LOANGA Chris: Le non-remboursement à l'échéance d'un Eurobond constitue un défaut souverain ou d'entreprise aux conséquences immédiates et durables. Juridiquement, cela active les clauses de défaut croisé (cross default) pouvant rendre exigible l'intégralité de la dette extérieure du pays ou de l'entreprise émettrice. Sur le plan financier, l'émetteur est immédiatement exclu des marchés de capitaux internationaux et sa notation est dégradée au rang de "défaut sélectif" ou "restructuré" par les agences. L'accès futur aux Eurobonds devient impossible ou à des taux d'intérêt prohibitifs. Enfin, les créanciers peuvent intenter des actions en justice devant les tribunaux de la place d'émission (souvent Londres ou New York) pour saisir les avoirs de l'émetteur situés à l'étranger, notamment les recettes d'exportation ou les réserves de change.